lundi 9 juillet 2012

L'enfant de Noé

Eric-Emmanuel Schmitt (France-Belgique)


Ma lecture:

Dans ce court roman, nous sommes plongés en pleine seconde guerre mondiale, en 1942. La traque des juifs par les nazis bat son plein. Les déportations ne font que commencer.

Joseph est un garçon de 7 ans, presque huit et ses parents, en fuite, le confie  au père Pons dans une pension catholique afin d'essayer de le sauver d'une probable déportation. Chez le père Pons, Joseph continuera à suivre les cours, y compris le catéchisme afin de paraître catholique comme il se doit durant cette fameuse guerre.

Joseph se fera des nouveaux amis dont Rudy, choisi pour être son parrain. Ils feront ensemble les pires bêtises, allant jusqu'à soupçonner le père Pons de trafic, de résistance. Ils vont même aller jusqu'à le suivre, de nuit, pour le démasquer.

Le père Pons est en fait un collectionneur. Afin de ne pas oublier, le père Pons collectionne des objets "interdits" ou ayant appartenu à des communautés en danger de disparition. Pendant cette guerre, il collectionne les objets juifs (candélabres, livres sacrés...); après la guerre, il passera des communautés amérindiennes aux vietnamiennes en passant par les russes... Cette idée un peu folle donne son titre à ce roman: Noé n'est-il pas le premier collectionneur de l'histoire. Il a pu sauver l'humanité en collectionnant un couple de chaque espèce et ainsi éviter sa destruction.

Le livre est un très bel éloge de tolérance:
  • Les enfants entre eux; les enfants juifs sont cachés au milieu de catholiques et ne sont séparés qu'au moment des douches (je vous laisse deviner pourquoi...
  • Joseph qui reproche à ses parents d'être juifs; Joseph qui refusera d'être séparé du père Pons pour retrouver sa famille...
  • Les enfants vis-à-vis de la pharmacienne...
  • Le soldat allemand...
Je ne vous donne pas trop de détail pour que vous ayez encore le plaisir de la découverte.

On pourrait reprocher à Eric-Emmanuel Schmitt un peu de mièvrerie mais je trouve le roman très bien construit et si il est connu que les bons "gagnent" à la fin, la victoire n'est pas sans conséquence. J'aurais par contre apprécié plus de détails sur la vie de tous les jours dans cette pension, plus de pages au final pour approfondir les relations entre les protagonistes.

Le début:

"Lorsque j'avais dix ans, je faisais partie d'un groupe d'enfants que, tous les dimanches, on mettait aux enchères.

On ne nous vendait pas: on nous demandait de défiler sur une estrade afin que nous trouvions preneur. Dans le public pouvaient se trouver aussi bien nos vrais parents enfin revenus de la guerre que des couples désireux de nous adopter."

Quatrième de couverture:

" - Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d'être chrétien, et moi je ferai semblant d'être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ? - Juré. " 

1942. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies. Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ?

Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim... et d'Oscar et la dame rose qui ont fait d'Eric-Emmanuel Schmitt l'un des romanciers français les plus lus dans le monde.

Lu dans le cadre du Baby Challenge [Littérature Contemporaine]
J'en suis donc à 12 / 20 pour un objectif maximal; on se rapproche...

Éditions Albin Michel (2004) - 189 pages

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jeudi 5 juillet 2012

Le mec de la tombe d'à côté

Katarina Mazetti (Suède)


Ma lecture:

Et un roman « nordique » de plus. Katarina Mazetti est bien suédoise malgré son nom à consonance plutôt italienne. 

Le mec de la tombe d’à côté est l’histoire d’une rencontre (au cimetière, curieux, non ?) entre deux êtres qui n’ont rien mais vraiment rien en commun :
  • Elle, Désirée, bibliothécaire, maigrichonne, plutôt aseptisée, amoureuse de la culture et des belles choses comme la poésie, le théâtre, l’opéra.
  • Lui, Benny, a repris la ferme familiale, seul, un peu rustre. Il n’a plus que trois doigts à la main gauche, dégage une forte odeur, ne s’intéresse qu’à ses occupations très réglées ou aux progrès des machines agricoles.
Bref, deux personnes qui n’ont rien en commun et qui ne feront jamais un couple qui dure. Enfin c’est ce qu’on peut penser. Mais quel pourrait être le ciment de ce couple insolite ? Le sexe clairement au départ ; ils sont assez vite sur la même longueur d’onde à ce niveau. L’envie de combler la solitude ; évidemment mais pour cela il faudra un jour ou l’autre cohabiter, vivre ensemble. Mais est-ce vraiment possible ?
Je vous laisserais le découvrir par vous-mêmes…



L’écriture de Katarina Mazetti est très fraîche, comique, touchante ; elle aborde des sujets pas forcément simple avec beaucoup d’humour :

Les divergences culturelles: difficile de ne pas les lier à la classe sociale dans le cadre de ce roman mais ce n’est pas l’objet du livre et puis, c’est loin, très loin d’être si systématique. Je connais pas mal de personnes, socialement haut placées d’une inculture sans fond et à l’opposé, de simples ouvriers férus de littérature ou de théâtre…

La solitude et ses dérives: la vieille bibliothécaire qui confectionne des dossiers sur toutes ses connaissances, amis, collègues ferait un excellent sujet de psychanalyse.

La vie de couple en général. Il y a plusieurs couples dans ces pages :
  • Désirée et son défunt mari, Örjan : le couple fusionnel mais sans folie
  • Violette et Bengt-Goran, fermier reconverti: le couple ouvert mais complètement irresponsable
  • Martha et Robertino : le couple qui éclate
  • Désirée et Benny : le couple improbable
Ma description est par contre, beaucoup plus caricaturale que dans le roman où chaque anecdote, chaque évènement leur donne une profonde réalité joyeuse, pathétique et même dramatique.

Seul petit défaut à déplorer selon moi ; il y a quelques longueurs dans la deuxième partie juste après leur dispute… Sinon, le final est très « ouvert » et donne envie de se plonger dans la suite : « Le caveau de famille ».

Le début:

"Méfiez-vous de moi !
Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n’est pas très orthodoxe, de toute évidence. Qui sait ce qui pourrait me passer par la tête à la prochaine lune ?
Vous avez quand même lu Stephen King ?
Juste là, je suis devant la tombe de mon mari, assise sur un banc de cimetière vert bouteille lustré par des générations de fesses, en train de me monter la tête contre sa dalle funéraire."

Quatrième de couverture:

Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'œil de la stèle qu'il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante. C'est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d'amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Lu dans le cadre du Challenge des Littératures Nordiques initié par Myuikki.



Éditions Babel (2009) - 253 pages



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mercredi 4 juillet 2012

Tsubaki

Aki Shimazaki (Japon-Canada-Québec)


Ma lecture:

Tsubaki est très court mais d’une extrême intensité. Aki Shimazaki nous conte une histoire de famille riche en évènements, en malheurs. Pour information, Tsubaki signifie camélia en japonais.
 
Yukiko, la mère de la narratrice, laisse une lettre à sa mort où elle avoue un meurtre.

Et au fil de la lecture de cette lettre, on découvre les terribles secrets de famille où sont mêlés amour, jalousie, demi-frère, inceste peut-être…

Toute cette histoire se passe évidemment au Japon, à la fin de la seconde guerre mondiale. La destruction d’Hiroshima et de Nagasaki jouera un rôle important aussi dans ce roman. Triste épisode de l'humanité.
 

Plusieurs personnages sont impliqués dans ce roman : la narratrice, ses parents et grands-parents mais aussi son fils qui a posé beaucoup de questions à Yukiko jusqu’à sa mort et ce fameux demi-frère qui ouvre la porte (au propre comme au figuré) au tome 2 : Hamaguri.

L’écriture est simple mais poétique. Il faut imaginer qu’Aki Shimazaki est née en 1954, a quitté le Japon pour le Canada en 1981 (Vancouver, Toronto). Elle vit à Montréal depuis 1991 et a appris le français en 1995. Elle a écrit Tsubaki directement en français en 1999. Arriver à un tel niveau d’écriture après seulement 4 années d’études est tout simplement prodigieux.

Ce livre se lit vite ; il y a à peine 120 pages et il aurait peut-être été préférable de regrouper les 5 tomes en 1 seul ce qui aurait donné un peu plus de 600 pages, à peine aussi gros que certains de nos pavés habituels.
J’ai particulièrement apprécié et le style (ça m’a rappelé Maxence Fermine et son incroyable « Neige ») et l’histoire (noire, sombre, pleine de secrets, de mystères). 
 

Nagasaki - A ne jamais plus répéter.


Vivement la suite…

Camélia - Tsubaki

Le début:

« Il pleut depuis la mort de ma mère. Je suis assise près de la fenêtre qui donne sur la rue. J’attends l’avocat de ma mère dans son bureau où travaille une seule secrétaire. Je suis ici pour signer tous les documents relatifs à l’héritage : l’argent, la maison et le magasin de fleurs dont elle s’occupait depuis le décès de mon père. Il est mort d’un cancer de l’estomac voilà sept ans. Je suis la seule enfant de la famille et la seule héritière déclarée. »

Quatrième de couverture:

Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.

Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.
 
Lu dans le cadre du "Défi Cent Pages"


Editions Babel (1999) - 115 pages



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mardi 3 juillet 2012

Blog Coup de Coeur (1)

Nouvelle rubrique et donc nouveau logo...


Je publierais régulièrement mon coup de coeur pour un blog dédié entièrement ou partiellement à la lecture, aux livres... Les articles devront y être consistants, et nous apporter, à nous lecteurs, l'envie d'ouvrir, d'acheter les livres critiqués.

Pour cette première édition, je vous invite à découvrir le nouveau blog d'Allie:  


Il est clair qu'Allie est déjà très active sur la blogosphère mais elle a tout récemment changé son blog et je vous en propose ici la toute nouvelle version...

Allie vous fera découvrir ses lectures évidemment mais aussi ses coups de coeur Cinéma et séries Télé, son amour inconsidéré pour Sherlock Holmes et pour la Nature. Un très joli mélange!









N'hésitez pas à lui rendre une petite visite très régulièrement; ces articles en valent vraiment la peine.

A bientôt pour d'autres blogs à découvrir!